Épisode 31
Podcast

Atelier Trivium

avec Terence Zafindratafa Ferhah

Logo Atelier Trivium

Regarder sur YouTube

Vibe coding en production : le retour de terrain de Terence

Un dev solo, un agent IA, un SaaS en production : nouvelle réalité ou cas isolé qui ne scale pas ? Terence a un parcours qui donne du poids à sa réponse — ancien gestionnaire locatif passé développeur, aujourd'hui CTO d'ARK (un CRM à insights IA) et fondateur d'Atelier Trivium, où il apprend à des experts non techniques à créer leur propre SaaS avec l'IA. Dans cet épisode du Cross Platform Show, il raconte ce que change vraiment le vibe coding en production : le ROI réel, la dette technique, les limites, et les questions que tout CTO devrait se poser en 2026.

Vibe coding en production : plutôt de l'« agentic engineering »

Premier recadrage : Terence n'aime pas trop le terme « vibe coding », avec son côté gourou barbu qui génère du code au micro. Ce qu'il pratique ressemble davantage à l'agentic engineering — le terme proposé par Andrej Karpathy (qui avait aussi inventé « vibe coding »). La nuance n'est pas cosmétique : voir le code ou non, ça concerne le fonctionnel ; avant la prod, il faut de toute façon vérifier.

L'exemple qui parle : sur ARK, une feature de recherche multi-tables avec un RAG branché. À la main, avec son profil frontend, il l'estime à deux mois. Avec Claude Code : deux à trois heures pour un truc fonctionnel — review comprise en plus.

Vibe coding et dette technique : encadrer le super stagiaire

La question qui revient toujours : et la dette technique du code généré en deux heures ?

"L'IA, je la vois comme un super stagiaire : le premier de la classe qui a lu tous les bouquins. Il a toute la théorie. Mais il faut l'encadrer." — Terence

Bien encadré, ce stagiaire devient un excellent collaborateur ; mal encadré, il fait n'importe quoi. Concrètement, l'encadrement passe par un CLAUDE.md solide, un maximum de documentation dans le repo (Terence travaille en monorepo pour centraliser), un dossier d'architecture decision records en markdown — plus facile à digérer pour l'IA — et surtout une boucle CI stricte (tests, linter) qui rattrape les écarts : l'agent sait quelles guidelines suivre, comment découper, et le build lui dit ce qui casse. Côté incidents en prod, rien de méchant : des boutons ou redirections défaillants repérés en review. Le vrai piège des débuts, c'était plutôt la sécurité — des clés secrètes Stripe qui traînaient dans le code de clients ravis que « ça marche ».

ARK : 2 mois en prod au lieu de 2 devs × 6 mois

ARK agrège les données éparpillées des équipes Sales et Customer Success (CRM d'un côté, Excel de l'autre) pour en sortir des insights actionnables — un LLM branché sur du pur OpenAI côté RAG, paramétré pour coller strictement aux données d'entrée et limiter la créativité (sauf génération de mails/documents). Le vrai retour client ? Dans des équipes CS à fort turnover, l'outil onboarde très vite les nouveaux arrivants.

Le chiffrage est parlant. Avec une équipe classique : minimum deux développeurs sur six mois. Avec Claude Code : première version en un mois, prod au bout de deux mois — à deux personnes (Gianluca vibe-code, Terence gère infra et cadrage IA). Aucun testeur, designer ou infra recruté : l'IA a pris ces rôles (design avec Gemini 3 + Figma Make, tests avec Cursor + Claude Sonnet). Comme le résume David, l'IA ne réduit pas l'équipe — elle élargit le scope qu'une petite équipe peut absorber.

Atelier Trivium : apprendre aux non-devs à créer un SaaS avec l'IA

Le vrai sujet d'Atelier Trivium, c'est de lever le blocage historique « je ne suis pas dev ». La cible : un consultant, un expert RH ou juridique qui a déjà une méthode et veut la packager en outil pour toucher plus de clients sans travailler plus. ARK, justement, est né comme premier client d'Atelier Trivium, à partir d'un proto V0.

Le plus grand mur pour ces profils n'est pas le terminal — c'est Git. « Qu'est-ce que ce truc ? », puis, une fois compris que c'est un système de sauvegarde avec des branches : « je peux revenir dans le temps, c'est fou ! ». Terence les fait travailler en pull requests qu'il review ensuite. Première séance : Git, terminal, npm, Cursor — la panique, puis une demi-heure plus tard le déclic : le code, c'est l'IA qui le gère ; s'ils ne comprennent pas, ils demandent à l'IA. Ils shippent du Next.js.

Est-ce que les développeurs vont disparaître ?

Pour Terence, le plus grand mythe du vibe coding, c'est justement « que c'est fait pour ceux qui ne savent pas coder et que les devs vont disparaître ». Sa lecture est plus fine :

"L'IA traduit très bien les user stories en code. Mais est-ce que ça marche et est-ce que c'est durable, ça reste la responsabilité du développeur." — Terence

La première responsabilité du dev (traduire un besoin en code fonctionnel) est déléguée à l'IA ; la seconde (le fameux « ça marche sur ma machine », la durabilité, la sécurité, le DevOps) reste humaine. Sur un gros compte, il est l'un de 40 développeurs qui construisent une app Flutter, tous avec de l'IA — chacun sur son scope, le tech lead gardant la vision d'ensemble et architecturale. Sa projection à trois ans : le tech lead sera « le mec qui gère une armée de gens qui gèrent des IA ».

500 k€, Flutter et la vraie discipline

Question signature — 500 k€ de budget tech. Terence investirait d'abord 50-100 k€ dans une infra pour faire tourner des IA de génération de code en local, puis recruterait un ou deux profils très seniors en sécurité et architecture (les deux points de vigilance : fin 2025, une étude évoquait 40 % de projets web-codés truffés de failles), et enfin des profils métier capables d'écrire de vraies user stories avec critères d'acceptation.

Côté techno, sans surprise : Flutter pour un MVP B2B en 2026, et Claude Code s'il ne devait garder qu'un outil. Mais sa vraie reco n'est pas un outil, c'est une discipline — un bon fichier CLAUDE.md (ou cursor rules). C'est ce qui sépare un projet vibecodé amateur d'un projet professionnel. Il cite d'ailleurs le stack interne « Minion » de Stripe : décrire une feature dans Slack, des agents la développent en boucle (linter/tests déterministes stricts), un développeur review en bout de chaîne.

Conclusion

Le vibe coding en production, version Terence, n'a rien d'un raccourci magique : c'est de l'agentic engineering encadré, où l'IA accélère le fonctionnel pendant que la rigueur technique — sécurité, durabilité, review — reste le métier du développeur. La barrière à l'entrée s'abaisse, le rôle se métamorphose, mais il ne disparaît pas. Un épisode à écouter en entier pour calibrer votre propre usage de l'IA.

Key Takeaways

  • Vibe coding ≠ agentic engineering : Terence préfère le second terme — voir ou non le code concerne le fonctionnel, mais la vérification avant prod reste obligatoire.
  • ROI concret : une feature RAG estimée à 2 mois faite en 2-3 h ; ARK en prod en 2 mois à deux, contre ~2 devs × 6 mois sans IA.
  • Dette technique = encadrement : l'IA est un « super stagiaire » ; CLAUDE.md, docs en monorepo et boucle CI stricte font la différence.
  • Le vrai risque, c'est la sécurité : clés secrètes qui traînent, 40 % de projets web-codés vulnérables — d'où des profils seniors sécurité/archi.
  • Atelier Trivium : le blocage des non-devs n'est pas le terminal mais Git ; une fois compris, l'IA gère le code, eux shippent du Next.js.
  • Les devs ne disparaissent pas : l'IA traduit les user stories, mais « est-ce que ça marche et est-ce durable » reste la responsabilité humaine.
  • La discipline avant l'outil : un bon CLAUDE.md sépare l'amateur du professionnel ; Flutter pour un MVP B2B, Claude Code comme agent.

Venez parler de votre stack sur le podcast

Vous avez développé une application avec React Native et souhaitez partager votre expérience ? Rejoignez le Cross Platform Show et racontez votre histoire !

Participer au podcast