Épisode 32
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avec Carla Rainaud

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Recruter un développeur React Native : l'envers du décor d'une recruteuse tech

Ton poste de dev React Native senior est ouvert depuis trois mois. Tu as lu 15 CV, passé 6 entretiens, fait deux tests techniques, et toujours personne. Le problème, c'est le marché, ton process ou tes critères ? Pour répondre, David Leuliette a invité Carla Rainaud, lead tech recruteuse chez Mobiskill Freelance, qui place des profils mobile et tech depuis cinq ans et voit les deux côtés de la table. Dans cet article, tu vas comprendre pourquoi recruter un développeur React Native est devenu si tendu, ce qui distingue vraiment un senior d'un junior sur le terrain, quelles questions font mouche en 30 minutes, et l'erreur de cadrage qui coûte des semaines à une startup. Du concret, tiré directement de son quotidien.

Pourquoi recruter un développeur React Native est un marché à part

Premier constat de Carla : le React Native reste une niche. Chez Mobiskill, elle place aujourd'hui plus de profils web que mobile, et le React Native est un marché « assez restreint » comparé aux postes de dev web. Contre-intuitif quand on vient du code : « moi je pensais que ce serait plus facile, pour moi c'est du JavaScript », lâche David. Sauf que côté recrutement, la réalité s'inverse.

"D'après les derniers placements que j'ai pu faire, React Native ça reste quand même des profils assez niches, donc je pense que c'est plus compliqué que du natif." — Carla Rainaud

Le vrai nœud, c'est un effet ciseau. Le volume d'offres mobile a baissé — « c'est une réalité » — pendant que les exigences ont grimpé. Les fiches de poste sont plus précises qu'avant : les boîtes savent exactement ce qu'elles veulent pour éviter l'erreur de casting, donc les entretiens sont plus poussés. Moins d'offres plus des critères plus serrés, et « mécaniquement le nombre de profils qui matchent vraiment va se réduire ». Ajoute que publier une annonce ramène désormais des centaines de candidatures là où on en comptait des dizaines : un tri bien plus lourd pour un vivier plus étroit.

Junior, confirmé, senior : ce qui compte vraiment quand on veut recruter un développeur React Native

Ici, Carla casse le mythe des années d'expérience. Un senior avec huit ans au compteur qui n'a jamais pris une décision d'architecture seul ni monté un projet from scratch pèse moins, à ses yeux, qu'un profil de quatre ou cinq ans qui l'a déjà fait.

"Les années d'expérience, c'est pas forcément ce qui va compter le plus finalement." — Carla Rainaud

Sur le freelance, le mot-clé est plug and play : faire percevoir sa valeur ajoutée le plus vite possible. Et le signal qu'elle traque au téléphone n'est pas technique, c'est la posture. Un bon senior sait expliquer pourquoi il est intervenu chez un client, quel était son rôle, ce qu'il a mis en place — avec des exemples concrets et des chiffres. Carla reste claire sur son périmètre : Mobiskill amène le bon profil devant la bonne personne, mais l'évaluation technique pure, ce sont les partenaires techniques du client qui la font.

Ce qui déborde dans les fiches de poste — « autonome », « proactif » — pèse en réalité peu : chez un freelance, ces soft skills sont naturels. Le vrai différenciateur, c'est la capacité à expliquer simplement ses choix et à adapter son discours à son interlocuteur. De la communication, au fond.

Les questions qui font mouche en 30 minutes

Pas de question magique, mais un fil rouge. En qualification, Carla cherche à faire raconter : quel a été ton rôle, ce que tu as mis en place, comment tu as résolu les problèmes. Le candidat qui déroule ça naturellement, avec des exemples, se trahit comme senior. À l'inverse, le red flag numéro un n'est pas dans le CV mais dans l'échange : « celui qui prend pas le temps de se présenter, ou j'ai vraiment l'impression de le saouler, je passe, j'insiste pas ». Quand tu dois tirer les vers du nez dès le premier call, la suite s'annonce compliquée.

L'erreur de recrutement qui coûte des mois à une startup

La plus grosse fuite de candidats, c'est le manque de réactivité. Un partenaire qui met plusieurs jours, voire plusieurs semaines, à donner un retour sur CV laisse le champ libre. Un bon candidat, freelance ou CDI, a rarement un seul process en cours. L'exemple vécu par Carla fait mal : process démarré le lundi, un entretien one shot, offre le vendredi… et le candidat était déjà parti chez un autre client. « Méga frustrant. »

L'autre erreur est en amont : le cadrage. Elle raconte un CDI validé par tous les interlocuteurs, sauf que le tech lead était en vacances — au retour, le brief avait changé, les mauvaises compétences avaient été évaluées, et il a fallu repartir de zéro en perdant deux mois. D'où sa règle de bon sens.

"Si tu n'es pas capable d'expliquer en deux minutes ce que le développeur va faire dans les trois prochains mois, en général, c'est peut-être trop tôt pour lancer ta recherche." — Carla Rainaud

Le corollaire vaut pour attirer les freelances : une offre de quatre lignes est « moins vendeuse ». Les candidats attendent un maximum d'infos avant de s'engager — jusqu'au détail qui tue, comme le poste sous Windows quand le dev ne jure que par macOS. Le rôle du cabinet, c'est de faire remonter ces réponses en amont.

Take-home test, live coding ou journée d'essai ?

Sur le freelance, Carla voit très peu de tests à la maison, et elle ne les recommande pas. Un candidat qui a cinq propositions de mission ne va pas faire cinq take-home de trois à quatre heures — il ira avec la boîte qui propose un one shot. Ce qui fonctionne : un échange technique d'une heure, un bout de code qu'on partage et qu'on discute ensemble. Interrogée en questions rapides, son choix est net : live coding.

Encore mieux quand c'est possible : la journée d'essai payée, sur une problématique concrète, avec un débrief pour décider de la suite. David y voit un green flag : « si tu peux pas on-boarder quelqu'un en une journée, c'est que t'as un problème dans tes process d'on-boarding ». Tester sur un vrai bug plutôt que sur un exercice bidon que personne ne review.

Structurer une équipe mobile : attention au bus factor

Recruter un seul dev qui développe tout seul sur la durée, ce n'est « pas viable ». Carla décrit une startup early stage bloquée par son unique développeur : il ne partage pas sa connaissance, s'il part personne ne peut le remplacer. C'est le bus factor de 1, le risque que tout s'écroule si une personne clé disparaît. Sa reco : au moins trois ou quatre personnes pour construire un socle solide, avec transmission et montée en compétences collective.

Et avec un budget conséquent pour partir de zéro ? Elle recruterait d'abord un lead tech pour poser les fondations et l'architecture, idéalement avec un product manager pour la roadmap, puis un ou deux devs confirmés ou seniors selon le projet. Mais l'erreur à éviter reste la même : recruter trop vite sans avoir cadré le besoin.

Full stack, IA et adaptabilité : les compétences des trois prochaines années

Le profil recherché aujourd'hui, c'est le mindset full stack : expert sur React Native mais capable de sortir de sa zone de confort et d'intervenir sur d'autres sujets en cas d'urgence. Pas expert partout — ouvert, curieux. L'IA n'apparaît pas encore explicitement sur les fiches de poste que Carla reçoit, mais c'est implicitement attendu ; certains partenaires parlent même d'« orchestrer » l'IA plutôt que de tout coder from scratch. Et le React Native ? Elle le voit rester stable, avec très peu de demande en Flutter côté Mobiskill. Au fond, la techno devient presque secondaire face à la capacité d'adaptation.

Conclusion

Recruter un développeur React Native ne se joue pas sur une liste de compétences ni sur un compteur d'années, mais sur la posture, le cadrage en amont et la réactivité. Carla le résume simplement : définis ce dont ton produit a besoin avant de lancer la recherche, et une fois le bon profil trouvé, bouge vite.

Key Takeaways

  • Le marché du React Native est une niche : moins d'offres mobile qu'avant, mais des exigences en hausse, donc un tri plus dur pour recruter un développeur React Native.
  • Les années d'expérience comptent moins que les décisions d'architecture prises seul et les projets menés from scratch.
  • La posture prime : un vrai senior explique simplement son rôle, ses choix et ses résultats avec des exemples concrets et des chiffres.
  • La plus grosse cause de perte de bons candidats, c'est le manque de réactivité : un process lent les fait signer ailleurs.
  • Cadre le besoin avant de lancer : si tu ne peux pas décrire en deux minutes ce que le dev fera dans les trois prochains mois, c'est trop tôt.
  • Privilégie le live coding ou la journée d'essai payée aux take-home tests que personne ne review.
  • Vise au moins 3-4 personnes dans l'équipe pour éviter un bus factor de 1, et cherche des profils full stack, à l'aise avec l'IA et capables de s'adapter.

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